=► Les compléments alimentaires chez le sportif

Est-il utile ou non de consommer

des compléments nutritionnels ?

Par le Docteur Jean-Jacques Menuet

Publication du 06/02/2021

Je vais veiller à ce que cet article soit simple, pratique, proche du terrain. Avec tout de suite un préalable : clairement de nombreux acteurs de la santé ont à gagner un peu de monnaie à proposer des compléments à tous les sportifs : des magasins bios, certaines pharmacies, des micro-nutritionnistes (ah si le sportif connaissait déjà un peu la macro-nutrition avant de consulter un micronutritionniste …) Sachez résister aux toujours très sympathiques propositions des vendeurs qui annoncent des produits « news » et révolutionnaires, ne vous laisser pas piéger.

Pour débuter, je vais faire la différence entre le sportif en bonne santé, de niveau sportif moyen, chez qui aucune carence n’a été révélée par un bilan sanguin. Et bien le contenu bien construit des assiettes suffira largement à apporter à l’organisme tout ce dont il a besoin pour la santé et pour la performance ; toutefois 3 compléments peuvent s’avérer nécessaires même si tout va bien :

  • Un peu de vitamine C (250mg matin et midi) pour booster les défenses immunitaires hivernales.

  • Du germe de blé ou de la levure de bière qui comportent des micro-nutriments des vitamines et des minéraux, qui complètent volontiers l’assiette d’un sportif qui tape déjà un peu dedans ; une à deux c-à soupe rases par jour permettent de compléter facilement et naturellement son alimentation, alimentation sucrée ou salée. Il faut éviter de le chauffer pour éviter de dégrader les vitamines et les acides gras essentiels que ces compléments naturels contiennent; il est donc conseillé de le saupoudrer au dernier moment sur les crudités, potages, légumes, féculents, yaourt, compote etc. … pour profiter de la richesse en nutriments (magnésium, un peu de fer, Zinc, phytostérols qui abaissent le taux de Cholestérol, et surtout la vitamine E qui est un puissant anti-oxydant)

  • De la vitamine D : 3 gouttes tous les matins (bien plus efficace que de prendre une ampoule tous les mois ou tous les deux mois) ; pour optimiser la densité osseuse, et aussi pour optimiser la synthèse de la Testostérone.

Consultez donc un bon diététicien qui si possible maîtrise bien les données de l’alimentation du sportif (il existe des Diplômes Universitaires de nutrition du sort) pour que le contenu de vos assiettes (quantité et qualité) soit adapté à votre activité physique qu’on va considérer comme moyenne ; cela suffit. A titre personnel je conseille volontiers le « régime méditerranéen », (pour plus d’infos tu peux lire ceci : https://www.medecinedusportconseils.com/tag/le-regime-cretois-tous-les-conseils/ )en adaptant bien sûr les apports glucidiques aux charges d’entraînements et de compétitions.

Passons au sportif dont l’activité est soutenue ; difficile de classer cela ; je dirais un niveau sportif régional, environ 6 à 10 heures d’entraînement par semaine ; et parlons de la situation du sportif « pro » avec des charges d’entraînements et de compétition encore plus élevées ; en plus de la vitamine C, vitamine D, gelée royale, l’alimentation ne suffira pas à apporter tous les micronutriments nécessaires tant à la santé qu’à la performance, et la réflexion sur les compléments alimentaires s’intègre totalement dans l’exercice de la médecine du sport. De nombreuses études sérieuses sont publiées, je les suis très régulièrement, je fais le tri entre ce qui me paraît utile pour vous et ce qui ne sert à rien si ce n’est à vider votre porte-monnaie ; et j’ai pour ma part participé à la mise en place et la publication de quelques études; Je ne traiterai pas la situation d’un sportif carencé (per exemple en fer) à qui son médecin prescrit logiquement un traitement structuré (en général fer, acide folique, spéciafoldine = vitamine B9, gelée royale naturelle): car chaque situation est différente, chaque dossier médical est différent, et aussi des conseils à distance, sans connaître le dossier, ne sont pas envisageables.

Je n’aborderai pas les notions de « carburant » : hydrates de carbone, certains acides aminés, certains lipides éventuellement ; c’est votre diététicien qui vous guidera; et très souvent vous apprendrez autant de vos erreurs que des conseils dispensés (exemple on refait rarement une hypoglycémie pendant l’effort, avec des crampes sur le final d’une course ou la fin d’un match lorsqu’on a déjà vécu cet incident nutritionnel responsable très vite d’une contreperformance) ; par exemple, en moyenne, vous allez apporter un peu moins de calories glucidiques en course dans l’exemple du cyclisme sur route (150 à 250 Kcalories par heure, mais c’est fonction de l’intensité de la sortie) et plus en course (250 à 350 Kcalories par heure en moyenne mais ça dépend bien sûr si vous êtes devant dans l’échappée ou si vous êtes au fond de la classe dans le grupetto ; logique) ; en plus, plus il fait froid plus il faudra apporter d’hydrates de carbone (la lutte contre le froid nécessite de l’énergie en plus)

La boisson d’attente : depuis 30 années je défends ardemment sa consommation par le sportif pendant les 90 minutes qui précèdent la course ou le match ; elle peut contenir 3/7ème de maltodextrines, 3/7ème de fructose, 1/7ème de  Malate de Citrulline (la Citrulline est un acide aminé qui booste le système adrénergique, et qui surtout limite la production d’Ammonium qui est le composé qui informe le cerveau de la sensation de fatigue), et enfin un peu de minéraux (sel, potassium, magnésium) s’il fait chaud et que le sportif risque de transpirer ++. Je conseille donc de préparer cette boisson d’attente 90 minutes avant le départ, et de boire une gorgée toutes les 15 minutes ; en plus ça entretient le niveau d’eau (surtout s’il fait chaud) et de carburant glucidique ; donc pour moi il est OBLIGATOIRE de consommer cette boisson, tranquillement, par petites gorgées.

Donc quels compléments peuvent trouver leur place dans l’alimentation du sportif de bon niveau soumis à des charges d’entraînements importantes :

En cas de travail de musculation (en salle ; ou spécifique sur vélo ou natation, etc.) : la prise de certains acides aminés va aider le muscle à se reconstruire après l’effort (c’est APRES la séance, au repos, qu’on reconstruit du muscle) ; les BCAA (= Valine + Leucine + Isoleucine), un peu de Glutamine , de l’Arginine, un peu de Citrulline et d’Ornithine (en pharmacie, mettre le ¼ d’un sachet de 5g) ; de même je conseille, pendant les 30 minutes après la séance ou la course ou le match de consommer TRANQUILLEMENT un shaker constitué de lait (plutôt sans lactose) ou d’eau et de quelques protéines (végétales ou animales, au sportif de faire ses choix) De même qu’une hyperhydratation dans les heures qui suivent la séance aident les fibres à se reconstruire.

En cas de sudation notable (la sueur ne contient pas que de l’eau …) il pourra être intéressant d’apporter certains minéraux dont du sodium, potassium, magnésium, mais aussi des métaux tels que le Zinc et de Cuivre ; la composition de la sueur est très complexe ; votre thérapeute vous guidera pour un schéma adapté. Il m’arrive, à partir d’un certain niveau de performance et de pratique, de faire procéder à une analyse de la sueur du sportif, pour une prise en charge totalement adaptée. En gros ça revient à boire pendant les 2 heures après la fin de l’effort 500ml d’eau plate enrichie de ces minéraux.

Un acide aminé a pour vertu de limiter la production pendant l’effort d’Ammonium : c’est le Malate de Citrulline, qui pourra donc être conseillé selon le type d’effort, avant le départ ou le début du match ; par exemple si l’effort débute rapidement, comme un « départ au kilomètre zéro » dans une course cycliste.

Un acide aminé, la L-Tyrosine, a pour propriété de booster un peu le niveau adrénergique, et semble pouvoir faciliter la lipolyse. Elle est à consommer un peu avant le départ. Son action anti-stress, antioxydante, en font un complément intéressant, de même que la stimulation de la production de certains neuromédiateurs (dont la Dopamine) = une toute petite dosette bien mélangée avec un peu d’eau; juste avant le départ ou le début du match.

La Spiruline : elle est très à la mode, surtout depuis l’apparition de galopante du « sans gluten » (pour des sportifs qui pourraient parfaitement consommer du gluten) qui prive le sportif de viande ; il existe plein de formes de Spiruline, de la moins à la plus trafiquée ; je suis breton alors j’en profite pour conseiller plutôt la Spiruline issue des laboratoires marins bretons. Mais cette complémentation en Spiruline s’inscrit logiquement dans le cadre de la compensation d’une carence en fer, et donc c’est au médecin de donner les conseils adaptés. Petite parenthèse « santé » au niveau du Fer : une croyance entretient cette équation « Fer = Oxygène = Puissance » ; oui le Fer transporte l’oxygène mais si le taux est normal, un apport excessif sera toxique en matière de santé, avec le dépôt du fer en excès au niveau du foie (ce qu’on appelle l’hémochromatose), des muscles, du muscle cardiaque, des reins, et la cellule musculaire sera plus acide.

La gelée royale : oui pourquoi pas une petite cure hivernale (si possible de la gelée royale pure) pour booster les défenses immunitaires et stimuler un peu la production de globules rouges.

Je terminerai par des micronutriments (à discuter au cas par cas en fonction de l’alimentation et des données éventuelles d’un bilan sanguin) tels que : les vitamines du groupe B, les acides gras polyinsaturés (très antioxydants : huile de noix, huile de Colza), certains métaux tels le Cuivre et le Zinc ; en fait les possibilités de complémentation sont infinies, sachez être très raisonnables, ne transformez pas votre estomac en magasin bio ou en pharmacie : une bonne alimentation, avec si possible des produits sains, des circuits courts, cuisinez simple,  et SURTOUT plein de bon sens, voilà les clés pour la santé et la performance ; d’autant qu’à partir d’un certain nombre de compléments associés, on ne sait plus quel complément sert à quoi, voire même il peut y avoir des interactions néfastes entre certains compléments, pour la santé et/ou la performance.

Et les « fameuses » cétones ?? qui nourrissent goulument les propos des pseudo observateurs du cyclisme et des journalistes avides de scoops ; j’en déconseille la consommation pour plusieurs raisons : je n’ai lu aucune étude scientifique sérieuse qui démontre une quelconque efficacité, en dehors bien sûr des études publiées par les sociétés qui vendent ce produit ; il pourrait exister une toxicité sur le long terme au niveau hépatique ; et surtout le recul sur la santé n’est pas encore bien documenté ; certains spécialistes de la nutrition sont sur une position plus neutre, et considèrent ce produit comme un « simple » complément alimentaire ; il ne s’agit pas d’un produit interdit par les règlementations, tout du moins au jour où je rédige cet article (février 2021).

Voilà il ne s’agissait que de conseils généraux, aidez-vous d’un bon suivi dispensé par un médecin du sport, et du soutien d’un bon diététicien.

Dernier conseil : choisissez des Praticiens (médecin ou diététicien) avec lesquels vous pouvez échanger et discuter.

Enfin j’ajoute volontiers une précision : que chacun fasse ce qu’il sait faire, ce sera déjà très bien ; par exemple l’entraîneur entraine, le kiné fait des soins ; trop souvent des thérapeutes dépassent leurs compétences.

Portez-vous bien

Bien cordialement, Jean-Jacques

Jean-Jacques Menuet, médecin référent de l’équipe cycliste professionnelle « ARKEA-SAMSIC »